Et si la sérénité consistait simplement à retirer son armure ?
Faut-il retirer son armure se blinder contre les autres pour atteindre la sérénité ?
Voici la question que je me suis posée récemment. Pendant des années, ma réponse aurait été évidente : oui.
Il faut se protéger. Se méfier. Anticiper. Prévoir.
Avoir un plan B, un plan C et parfois même un plan D.
Je dois bien avouer que mon parcours professionnel a largement renforcé cette vision des choses.
En cybersécurité, nous sommes littéralement entraînés à identifier les menaces, analyser les risques et mettre en place des protections.
Et finalement, sans même nous en rendre compte, ce mode de fonctionnement finit parfois par déborder sur toute notre vie.
On se met alors à considérer le monde comme un immense terrain potentiellement hostile:
- Les autres deviennent des risques à gérer.
- Une critique est une attaque.
- Une déception est une blessure.
- Une différence devient une opposition.
Bref, nous adoptons inconsciemment un paradigme très particulier :
Moi versus les autres.
Et lorsque l’on adopte ce paradigme, une seule solution semble logique pour atteindre la sérénité : construire une armure.
Le piège de l’armure
Sila sérénité l’est, une armure n’est pas forcément visible.
Elle peut prendre des formes très différentes :
- le besoin de tout contrôler ;
- la volonté de tout anticiper ;
- le perfectionnisme ;
- la recherche permanente de sécurité ;
- la méfiance ;
- la distance émotionnelle.
Pendant longtemps, cette armure peut même nous être très utile.
Elle nous aide à avancer dans notre carrière, à gérer des responsabilités importantes et à traverser des périodes complexes.
Mais un jour, quelque chose change.
L’armure devient lourde. Très lourde.
Et surtout, elle commence à nous isoler du vivant.
On ne ressent plus vraiment les choses. On les analyse.
Les expériences ne sont plus vécues. On les sécurise.
>On ne profite plus de la vie. On la gère.
Et c’est précisément là que j’ai compris quelque chose d’important.
Le problème n’est pas l’armure. Le problème est le paradigme qui l’a rendue nécessaire.

Changer de paradigme
Pendant des années, j’ai vécu avec cette équation :
Moi séparé du monde.
Si le monde est séparé de moi, il peut potentiellement me nuire. Je dois donc me protéger.
Mais aujourd’hui, je découvre une autre façon de voir les choses.
Je ne passe pas de : Je me blinde à Je ne me blinde plus. Ce serait dangereux.
Je passe de : Moi contre les autres à Moi parmi les autres. C’est très différent.
L’autre n’est plus un ennemi potentiel. Il devient une expérience potentielle.
Une information.
Un révélateur.
Parfois même un miroir.

L’eau et la pierre
Une image m’est venue récemment:
L’eau rencontre une pierre.
L’eau ne combat pas la pierre.
La pierre ne combat pas l’eau.
Elles restent toutes les deux elles-mêmes.
Pourtant, leur rencontre crée une expérience:
- L’eau révèle à la pierre qu’elle est mouillée.
- La pierre révèle à l’eau qu’elle est capable de contourner les obstacles.
- Et aucune des deux n’est l’ennemie de l’autre.
Je crois que nous pouvons vivre nos relations humaines de cette manière.
L’autre n’est pas là pour nous définir.
>L’autre n’est pas là pour nous attaquer.
L’autre est là pour nous renseigner sur nous-mêmes.

Du filtre à la souveraineté
Pendant un temps, j’ai pensé qu’il fallait installer une sorte de filtre de souveraineté.
L’idée me plaisait: Je laisse passer certaines choses et j’en bloque d’autres.
Mais finalement, même ce concept garde un présupposé caché.
Il suppose qu’une menace est toujours présente.
Je crois aujourd’hui que la véritable souveraineté est encore plus simple.
D’ailleurs, elle pourrait se résumer ainsi :
Je laisse circuler ce qui est extérieur à moi sans lui laisser définir ce que je suis.
- Ce n’est plus du blindage.
- ni du filtrage.
- C’est de la fluidité souveraine.

Quelques exemples concrets
| Avant | Aujourd’hui |
| « L’autre est pénible. » | « Qu’est-ce que cette interaction vient toucher chez moi ? » |
| « Je dois convaincre. » | « Je peux proposer. » |
| « Je dois contrôler mon environnement. » | « Je peux m’y adapter sans me perdre. » |
| « Je dois me protéger des autres. » | « Je peux accueillir ce qui vient et choisir ce que j’en fais. » |
Quitter le guerrier pour devenir le surfeur
Je crois que le plus grand changement que je vis actuellement est celui-ci.
Je quitte progressivement le paradigme du guerrier.
Pas le guerrier agressif.
Le guerrier vigilant.
Celui qui anticipe tout.
Qui porte tout.
Qui protège tout.
Pour aller vers celui du surfeur.
Le surfeur transpire la sérénité; pourtant il n’a pas d’armure ni de plan 😄
Il n’arrête pas l’océan.
Il ne contrôle pas la vague.
Son focus est sur les vagues qu’il va choisir.
Il développe son équilibre et tombe parfois …
… mais il remonte systématiquement.
Et finalement, la sérénité ressemble peut-être beaucoup à cela:
Ne plus vivre dans un champ de bataille permanent mais accepter de faire partie d’un écosystème plus vaste.

Une phrase que j’ai envie de garder
L’armure est utile lorsque le monde est perçu comme un champ de bataille.
Elle devient donc inutile lorsque le monde est perçu comme un écosystème dans lequel on a trouvé sa place.
Et si, finalement, la sérénité n’était rien d’autre que cela ?
Passer de « moi contre les autres » à « moi parmi les autres ».




